Chapitre 3

La rupture avec PureBasic

« Le cheval n'est pas mort, il a évolué 🐎→🦄 »

Le constat

Editors Factory fonctionne. Le code est solide, les fonctionnalités sont là. Mais David voit clairement les murs qui se dressent devant lui :

PureBasic est une niche dans une niche. La communauté est petite, l'audience potentielle est minuscule.

2. La rotation est impossible. Pas « difficile » — impossible. Le pipeline de dessin et d'événements de PureBasic ne le permet tout simplement pas sans tout réécrire.

La licence CC BY-NC 4.0 bloque les professionnels. Et la changer maintenant impliquerait des discussions compliquées avec STARGÅTE.

Il dépend entièrement de STARGÅTE pour le code. Si Martin n'a plus le temps ni l'envie, le projet est en otage.

PureBasic tourne essentiellement sous Windows. Pas de multi- plateforme réelle.

Le module est distribué en code source (.pbi). Aucune protection intellectuelle possible.

La conclusion s'impose d'elle-même : pour aller plus loin, il faut quitter PureBasic.

L'impasse

Mais quitter PureBasic, c'est plus facile à dire qu'à faire. David se retrouve dans une situation impossible.

STARGÅTE a mis la clef sous la porte. Il n'a « ni le temps ni l'envie » de continuer, il l'a dit publiquement. Le seul codeur capable de faire avancer Editors Factory est parti. Et personne ne veut prendre la relève.

David cherche de l'aide. Il poste des demandes sur les forums, essaie de trouver quelqu'un pour reprendre le développement du module, pour coder le portage web qu'il imagine. Mais personne ne se propose. La communauté PureBasic est petite, les développeurs compétents sont rares, et un projet de cette envergure n'attire pas les volontaires.

Engager un développeur professionnel ? David n'a pas le budget. Un portage complet d'Editors Factory en JavaScript, c'est des mois de travail, des milliers d'euros. Ce n'est pas une option.

David est coincé. Il a la vision, il a le concept, il a la preuve que ça fonctionne — mais il n'a pas les mains pour construire. Le projet qui refusait de mourir est dans une impasse. Et puis, fin 2025, quelque chose change.

Le choix du web

L'idée germe progressivement dans l'esprit de David. Si le concept d'Editors Factory est bon — et il l'est — alors pourquoi ne pas le porter sur une technologie qui n'a pas ces limitations ?

JavaScript et le Canvas HTML5 sont la réponse évidente :

D'ailleurs, David ne saute pas directement vers le web pur. Sa première idée, c'est de rester dans PureBasic et d'utiliser le WebViewGadget — un gadget qui embarque un navigateur Chromium à l'intérieur d'une fenêtre PureBasic. En novembre 2025, il poste sur le forum français : « J'ai un projet, très gros projet (et ceux qui sont malins ont sûrement déjà compris de quoi je parle). » Il demande comment fonctionne le WebViewGadget, s'il peut faire tourner du JavaScript dedans et communiquer avec PureBasic. L'idée est séduisante : garder PureBasic comme enveloppe desktop tout en codant le moteur en JavaScript. Mais les tests sont frustrants — des crashs, des exemples de la documentation qui ne fonctionnent pas, des limitations non documentées. L'approche PureBasic + WebView finira par être abandonnée au profit d'une solution 100% web.

Mais David ne code pas en JavaScript. Il ne code pas en HTML ni en CSS non plus. Comment développer un projet web sans connaître les technologies web ?

L'arrivée de Claude

C'est là que l'histoire prend un tournant inattendu.

Fin 2025, David découvre Claude, l'assistant IA d'Anthropic. Il se renseigne, il teste, il essaie de comprendre ce que cette technologie peut faire. Et il réalise quelque chose : avec un outil comme Claude, il peut peut-être faire ce que personne ne voulait faire pour lui.

David commence par discuter avec Claude Sonnet 4.5. Il lui explique son projet, son historique, sa vision. L'IA le conseille, l'aide à structurer ses idées, à évaluer les technologies disponibles. Puis David saute le pas : il demande à Claude Sonnet de créer un prototype en JavaScript. Et ça fonctionne. Le code tourne, les objets se déplacent sur un canvas HTML5. La preuve de concept est là. C'est une bénédiction. David a attendu, il a cherché, et quand l'opportunité s'est présentée, il a sauté dessus. L'IA n'est pas un codeur humain, mais pour un concepteur qui sait exactement ce qu'il veut, c'est l'outil idéal.

Après le prototype, David décide de repartir de zéro avec Claude Opus 4.5, le modèle le plus avancé. Le prototype de Sonnet a prouvé que c'était possible. Maintenant, il faut construire pour de vrai. Et de fil en aiguille, session après session, le projet avance.

Le modèle de collaboration est le même que celui qui fonctionnait avec STARGÅTE : David est le cerveau, le concepteur, celui qui donne les directives. Claude est le développeur technique, celui qui transforme la vision en code.

La différence, c'est que cette fois, David a le contrôle total. Pas de dépendance vis-à-vis d'un tiers. Pas de risque que le codeur abandonne. Pas besoin de budget. Et surtout, la capacité de travailler à un rythme intensif, session après session, sans interruption.

Le projet s'appelle Visual Objects Handler. VOH.

Visual Objects Handler

Le nom est programmatique : un gestionnaire d'objets visuels. Plus sobre qu'Editors Factory, plus technique, plus direct. C'est exactement ce que fait le logiciel — gérer des objets visuels sur un canvas.

David conserve son pseudonyme ShadowStorm. Dans la fenêtre « À propos » du logiciel, on peut lire : Développeur Web : Shadow Storm (David Dieppedalle) Basé sur : Editors Factory (PureBasic) Auteurs originaux : StarGate et Shadow Storm L'héritage est assumé. VOH n'est pas une trahison d'Editors Factory, c'est son évolution naturelle. Le concept est le même — un outil pour créer des éditeurs visuels — mais les moyens sont incomparablement plus puissants.

Ce que VOH peut faire qu'Editors Factory ne pouvait pas

La liste est longue, et elle s'allonge à chaque session de développement :

La rotation complète
STARGÅTE avait déclaré la rotation « impossible ». David l'a faite. Avec pivot personnalisable, rotation au degré près, et toute la mécanique d'interaction (poignées, événements, undo/redo) qui va avec. C'est la victoire symbolique la plus significative.
Les dégradés multi-couleurs
Pas juste 2 couleurs — de 2 à 6 couleurs, avec des positions de stops personnalisables, en linéaire ou radial, pour le remplissage ET la bordure.
Le BBCode dans les labels et tooltips
Du texte formaté avec gras, italique, souligné, barré, couleur, taille, police. Directement sur les objets du canvas.
Les images multiples par objet
Chaque objet peut avoir plusieurs images, chacune avec son propre z-index, sa propre rotation, sa propre ombre. Pas juste un fond d'image, mais un vrai système de couches visuelles.
L'export multi-format
PNG, JPEG, WebP, BMP, PDF. L'export peut cibler le canvas entier, une zone spécifique, ou les objets sélectionnés uniquement.
La génération de code
3 modes : API seul, HTML + API, ou page HTML avec testeur intégré. L'utilisateur crée visuellement, et le logiciel génère le code correspondant.
Les connexions et organigrammes
Des lignes entre objets avec différents types (droite, courbe, coude), des points d'ancrage personnalisables, des flèches, des labels sur les lignes.
Le système d'épingle (pin)
Un objet peut être « épinglé » à un autre — quand le parent bouge, l'enfant suit, en conservant son offset relatif.
Le multi-plateforme
Le code tourne dans n'importe quel navigateur web moderne. Un seul code, accessible partout.
Le développement actif
Contrairement à Editors Factory qui est en pause, VOH évolue à un rythme soutenu, avec des mises à jour régulières.

Le site web

David fait créer un site web pour le projet. Sur la page d'accueil, on peut lire :

« Visual Objects Handler est développé par ShadowStorm (David Dieppedalle), inspiré du projet Editors Factory pour PureBasic. »

Les liens vers le forum PureBasic sont là, mais le projet a déjà transcendé ses origines. VOH n'est plus un module PureBasic — c'est un moteur JavaScript indépendant, capable de fonctionner seul dans n'importe quel contexte web.

Le forum PureBasic, acte II

David revient sur le forum anglais de PureBasic pour présenter VOH. Le sujet s'intitule « Project Visual Objects Handler ».

La réaction d'un membre nommé HeX0R est immédiate — et déplaisante. HeX0R lâche une pique :

« Au fait, tu connais la théorie du cheval mort ? »

La théorie du cheval mort dit : « Quand tu réalises que tu montes un cheval mort, descends. » En clair : ton projet est mort, arrête de t'acharner.

David voit rouge. L'envie de répondre par une insulte est forte. Mais au lieu de ça, il fait ce que tout développeur devrait faire dans cette situation : il laisse les faits parler.

Plus de 36 000 lignes de code. 120 fonctions API. 8 formes d'objets. 20 formes de poignées. 31 événements. La rotation complète — celle-là même que STARGÅTE avait déclarée impossible. Des dégradés multicolores. Le BBCode. Le multi-plateforme. Et la meilleure réponse possible :

« Le cheval n'est pas mort, il a évolué. 🐎→🦄 »

Fred ferme le sujet

Mais la suite est amère. L'échange avec HeX0R dégénère. David répond longuement, défend son projet avec passion — peut-être trop de passion. L'administrateur du forum PureBasic, Fred (le créateur de PureBasic lui-même, admin depuis 2002, plus de 18 000 posts), intervient. Il ferme le sujet avec un commentaire sec :

« Il y a eu toute une histoire dans le fil de discussion Editor Factory, je n'en veux pas une autre ici. Merci. »

Le passé d'Editors Factory — les tensions, les critiques, les frustrations sur les forums PureBasic — le poursuit jusque dans le nouveau projet. Fred ne veut pas d'un deuxième épisode de drama. Le sujet est verrouillé, fin de la discussion.

David voit rouge. Parce que sa réponse à HeX0R n'avait rien d'agressif. Il avait listé les faits — 36 000 lignes de code, 120 fonctions API, la rotation « impossible » devenue réalité — il avait retourné la métaphore du cheval mort avec élégance, et il avait invité HeX0R à essayer le logiciel plutôt qu'à critiquer sans tester. Rien de plus. Pas d'insulte, pas de provocation. Et malgré ça, Fred ferme le sujet. Comme si le simple fait de défendre son travail était un crime. Comme si le passé d'Editors Factory condamnait automatiquement tout ce que David ferait ensuite sur ce forum. C'est une injustice pure et simple, et David le vit comme telle.

Et ce n'est pas la première fois que Fred lui fait le coup. Des années plus tôt, David avait été purement et simplement viré du forum français de PureBasic. Banni. Un épisode qui l'avait marqué profondément et dont il en voulait à mort à Fred pendant longtemps. Cette fois-ci, avec VOH, c'est moins violent — David n'est pas banni, le sujet est juste verrouillé — mais le goût est le même. Celui d'être puni pour avoir osé défendre son travail. Celui d'être réduit au silence par quelqu'un qui a le pouvoir de le faire sans avoir à se justifier. La colère est moins brûlante que la première fois, mais elle est bien là. L'envie de massacrer Fred verbalement est là, viscérale. La réponse de David est brève et définitive :

« Qu'ils aillent se faire foutre. »

Et il passe à autre chose. 36 000 lignes de code comptent plus que du drama de forum.

Le choix du site web

Quand vient le moment de créer un site web pour VOH, David hésite. Plusieurs thèmes sont proposés : « Blueprint / Atelier Technique » avec une ambiance de plan technique sur fond bleu nuit, « Canvas Créatif / Studio d'Artiste » avec des formes géométriques vivantes, « Minimaliste Élégant » épuré, et « Rétro-Futuriste / Néon Grid » en style synthwave. Mais David ne veut pas un site qui héberge l'application. Il veut un espace d'information, un lieu où poster des messages, des exemples, des fichiers. En somme, un forum. Comme celui qu'il avait créé pour Editors Factory sur ForumForever, mais en plus moderne.

Le choix se porte sur Forumactif.com — une plateforme française, gratuite, clé en main, avec upload de fichiers, balises BBCode pour le code, et modération intégrée. L'important, c'est que David puisse y publier ses avancées et ses exemples sans toucher au code du site.